Society, Culture, and Security

Au-delà des armes : la fragilisation des systèmes de santé comme stratégie de guerre et decoercion


Dans les conflits armés contemporains, la violence ne se limite plus aux affrontements militaires
directs, mais s’étend à des leviers indirects visant à affaiblir la résilience des sociétés civiles. Elle
s’étend désormais aux infrastructures civiles essentielles, et en particulier aux systèmes de santé,
qui sont de plus en plus pris pour cibles de manière délibérée.


Pourquoi la destruction des hôpitaux déstabilise les civils en temps de guerre
La destruction des soins de santé, notamment par les attaques contre les hôpitaux, est devenue
l’un des effets les plus déstabilisateurs des conflits contemporains. Ces attaques mettent les
populations en danger en les privant de soins essentiels, et montrent que les règles du droit
international humanitaire (DIH), censées protéger les hôpitaux et les patients, sont de plus en
plus difficiles à faire respecter.


Par exemple, à Gaza, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a documenté des destructions
massives d’établissements de santé et enregistré 697 attaques contre les services de santé depuis
octobre 2023 à mai 2025. La grande majorité des hôpitaux de la bande de Gaza, environ 94 %,
sont endommagés ou détruits. Ces attaques ont des conséquences importantes car elles fragilisent
la société dans son ensemble. Quand les hôpitaux ne fonctionnent plus, les civils n’ont plus accès
aux soins d’urgence et aux traitements médicaux essentiels, ce qui met directement en danger les
blessés, les femmes enceintes et les personnes malades. Cela crée un climat de peur et pousse les
populations à fuir, rendant plus difficile la gestion des crises par les autorités.


Comme à Gaza, les attaques contre les infrastructures médicales en Ukraine illustrent une
logique de déstabilisation systémique où les frappes répétées contre les structures médicales ont
contribué à des déplacements forcés et à une instabilité régionale durable. Le 4 décembre 2025,
une attaque contre une maternité à Kherson a causé d’importants dommages au bâtiment,
notamment à ses réseaux d’eau et de gaz. Bien qu’aucune victime n’ait été signalée parmi le
personnel et les patients, plus de 40 000 personnes dans la région de Kherson se sont retrouvées
sans chauffage ni électricité à la suite des attaques.


Selon l’OMS, les attaques contre les infrastructures de santé ont augmenté de 12 % en 2025 par
rapport à l’année précédente. Ces attaques constituent des violations graves du droit international
humanitaire (DIH), ce qui souligne l’écart croissant entre les normes juridiques existantes et leur
application effective sur le terrain.


Dans ce contexte, le rôle de l’OTAN ne repose pas sur une capacité coercitive directe, mais sur
un rôle d’entrepreneur de normes et d’acteur de formation. Ce rôle normatif reflète une
conception élargie de la sécurité, où la protection des soins de santé devient un impératif
stratégique. En collaboration avec le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), l’Alliance
élabore des doctrines et propose des formations aux forces alliées pour intégrer la protection des
infrastructures de santé dans la planification militaire. De plus, l’Allied Joint Doctrine for
Humanitarian Assistance
encadre ces efforts en inscrivant la protection civile et le respect du
DIH dans les opérations militaires conjointes.


Cependant, malgré ces initiatives, les efforts de l’OTAN pour protéger les soins de santé restent
limités dans la pratique. Les doctrines ne sont efficaces que si elles sont respectées. Lorsque les
forces adverses ne respectent pas le droit international humanitaire, les hôpitaux cessent d’être
protégés, surtout lorsque les attaques ne sont suivies ni d’enquêtes sérieuses ni de sanctions
concrètes. Par exemple, lors du conflit en Ukraine, plusieurs hôpitaux ont continué d’être
endommagés malgré les directives de l’OTAN et les normes internationales, ce qui démontre que
l’existence de règles ne suffit pas à prévenir les attaques.


Comment la désinformation et les obstacles humanitaires menacent la sécurité des sociétés
Au-delà des frappes contre les infrastructures, la santé devient un levier de coercition politique et
sociale, notamment par la désinformation sanitaire et le blocage de l’accès aux soins. Tout
d’abord, la désinformation liée à la santé n’est pas seulement une erreur sur les faits ; c’est
souvent une stratégie calculée pour semer le doute et diviser. Pendant la pandémie de
COVID‑19, l’OMS a décrit une « infodémie » : une explosion de contenus faux ou trompeurs sur
les vaccins, l’efficacité des mesures sanitaires ou même l’origine du virus qui a circulé
massivement sur les réseaux sociaux.


Cette manipulation intentionnelle se distingue de la mésinformation, qui provient de personnes
partageant sans le savoir des contenus incorrects. La désinformation, elle, est délibérée ; les
messages sont conçus pour tromper et influencer, ici dans le but de faire douter les citoyens de
leurs institutions. Lorsque les citoyens perdent confiance dans les médecins et les autorités, il
devient beaucoup plus difficile pour les gouvernements de gérer efficacement des crises comme
les épidémies. Les gens peuvent alors ignorer les consignes sanitaires, ce qui affaiblit les mesures
de protection, car leur efficacité dépend de l’engagement de tous. Ainsi, cette méfiance met non
seulement les individus en danger, mais compromet également la sécurité de la société dans son
ensemble. De plus en plus, les adversaires étrangers tentent d’utiliser la désinformation dans le
cadre de campagnes de guerre hybride qui combinent des forces conventionnelles et des
tactiques subversives non militaires.


Parallèlement, le blocage de l’aide médicale et humanitaire constitue une forme de pression
directe sur les populations civiles. Le refus d’accès aux soins, l’entrave à l’aide humanitaire ou la
destruction des chaînes d’approvisionnement médicales aggravent les crises sanitaires et
prolongent les conflits en rendant la vie quotidienne insoutenable. Par exemple, en février 2025,
lorsque des forces paramilitaires en conflit avec l’armée soudanaise ont empêché
l’acheminement d’une aide vitale vers de nombreuses populations du Darfour, une région déjà
touchée par la famine, l’aide devient un instrument de coercition. Elle sert à contraindre des
populations ou des autorités locales sans recourir à une intensification directe de la violence
armée.


Dans ce domaine, le rôle de l’OTAN reste principalement indirect, en collaboration avec les
États, l’OMS et l’Union européenne, pour protéger les services de santé dans les zones de conflit.
L’Alliance élabore des programmes de formation pour les forces alliées afin qu’elles puissent
reconnaître et réagir aux attaques contre les hôpitaux et le personnel médical. Le Canada
contribue en finançant ces formations et en soutenant des programmes visant à lutter contre la
désinformation liée à la santé. Ensemble, ces efforts montrent que protéger les soins de santé
n’est pas seulement un objectif humanitaire, mais constitue également un élément clé pour
assurer la sécurité et la stabilité des sociétés démocratiques.


L’importance des systèmes de soins résilients
Face à la multiplication des attaques contre les soins de santé, qu’elles soient physiques,
informationnelles ou logistiques, la protection ponctuelle ne suffit plus. La sécurité repose
désormais sur la robustesse des systèmes de santé, c’est-à-dire leur capacité à continuer à
fonctionner sous pression et à maintenir leurs fonctions essentielles malgré des perturbations
majeures. Selon l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), cette
résilience implique que les services de santé puissent poursuivre leurs missions fondamentales
même en cas de chocs importants. La diversification des infrastructures et des chaînes
d’approvisionnement permet, par exemple, d’avoir plusieurs sources d’équipements de
protection individuelle (EPI) ou des hôpitaux de secours prêts à prendre le relais si certains sites
sont endommagés, ce qui rend les systèmes de santé plus solides et capables de réagir rapidement
face aux crises.


Autrement dit, les hôpitaux sont aussi essentiels que l’électricité ou internet. Sans eux, les
sociétés deviennent instables et les crises sont beaucoup plus difficiles à gérer. Leur
affaiblissement alimente l’instabilité sociale et politique, tandis que leur robustesse favorise la
continuité des services essentiels et permet une réponse plus coordonnée face aux perturbations.
Pour l’OTAN et ses États membres, dont le Canada, renforcer la santé dans leurs plans de
résilience et de sécurité contribue directement à maintenir la stabilité.


Disclaimer: Any views or opinions expressed in articles are solely those of the authors and do not necessarily represent the views of the NATO Association of Canada.

Photo: Wikimedia Commons (Public Domain).

Author

  • Linta Chatha

    Linta Chatha is an undergraduate student in the Honours Health Sciences program at McMaster University. Her research interests include global health, climate change and security, and the protection of women’s rights in conflict-affected societies. She is actively involved in community service and social justice initiatives both within her university and in her local community of Vaughan, Ontario.

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Linta Chatha
Linta Chatha is an undergraduate student in the Honours Health Sciences program at McMaster University. Her research interests include global health, climate change and security, and the protection of women’s rights in conflict-affected societies. She is actively involved in community service and social justice initiatives both within her university and in her local community of Vaughan, Ontario.