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Le Japon, partenaire clé de l’OTAN dans l’Indo-Pacifique

Un engagement inattendu dans un conflit globalisé
À première vue, le Japon semble bien loin de la guerre en Ukraine. Séparé du front par plus de 8 000 kilomètres, le pays n’est ni membre de l’OTAN ni directement concerné par la sécurité européenne. Pourtant, en mai dernier, Tokyo a envoyé du personnel militaire au sein de la mission d’assistance et de formation de l’OTAN pour l’Ukraine (NSATU). La guerre en Ukraine redéfinit donc les frontières de la sécurité euro-atlantique, et fait du Japon un partenaire désormais indispensable de l’OTAN.

L’implication croissante d’acteurs asiatiques dans le milieu transatlantique révèle la mondialisation des enjeux de sécurité. Depuis 2024, la Corée du Nord fournit des troupes à la Russie, tandis que la Chine soutient Moscou par un appui économique, le partage de renseignements et la fourniture de composants essentiels à la production de drones. Dans ce contexte, le soutien du Japon, comme celui de la Corée du Sud, apparaît moins comme une rupture que comme une conséquence logique d’un conflit dont les répercussions dépassent largement les frontières européennes.

Cette évolution s’inscrit dans un rapprochement plus large entre Tokyo et l’OTAN. Depuis plusieurs années, les deux partenaires renforcent leur coopération face à un environnement stratégique marqué par l’affirmation de la Chine, les menaces hybrides et l’émergence d’un axe réunissant la Chine, la Russie, l’Iran et la Corée du Nord. Loin d’être symbolique, la participation japonaise à la NSATU reflète une transformation durable du partenariat entre le Japon et l’Alliance atlantique.

L’Indo-Pacifique au cœur de la stratégie de défense de l’OTAN
La région Indo-Pacifique occupe désormais une place centrale dans la réflexion stratégique de l’OTAN. D’une part, la Chine représente un défi géostratégique pour les valeurs du droit commun de l’OTAN. Sa perpétuelle remise en question de la souveraineté de Taïwan et son expansion dans les domaines sécuritaires, tels que les armes spatiales ou les technologies à double usage, représentent “des défis systémiques pour l’ordre international fondé sur des règles et dans des domaines essentiels à la sécurité de l’Alliance.” D’autre part, l’Ukraine est perçue comme une référence pour mesurer l’implication et la volonté de l’Ouest de défendre la souveraineté d’un pays sous attaque. Comme l’a justement mentionné l’ancien Premier ministre japonais Fumio Kishida, « l’Ukraine, aujourd’hui, peut être l’Asie de l’Est demain.” 

L’établissement d’un programme de partenariat individualisé entre le Japon et l’OTAN, en vigueur depuis 2023, en est la suite logique. Bien qu’ayant déjà coopéré avec l’OTAN en Afghanistan et en Irak après les attaques du 11 septembre, l’institutionnalisation d’un tel partenariat stratégique démontre une volonté commune de défendre l’ordre international libre par une meilleure intégration militaire et une meilleure interopérabilité. L’établissement d’une mission diplomatique auprès de l’OTAN en janvier 2025 a également facilité des dialogues politiques.


Les piliers d’un partenariat stratégique

Cette coopération s’articule aujourd’hui autour de plusieurs domaines stratégiques, dont trois apparaissent particulièrement déterminants : la cybersécurité, les technologies émergentes et l’agenda Femmes, Paix et Sécurité. Face à la montée des menaces hybrides, la cybersécurité est devenue l’un des principaux moteurs du rapprochement entre Tokyo et l’OTAN. Cette coopération s’est notamment concrétisée par l’intégration par le Japon du centre d’excellence en cybersécurité en Estonie, afin de développer une défense résiliente en anticipant les menaces et en renforçant les capacités de détection. 

Le Japon a donc pu participer à l’exercice annuel Locked Shields, un exercice international de cyberdéfense qui promeut la coopération entre acteurs privés, publics et multinationaux. Alors que la Chine et la Russie développent leurs capacités hybrides dans les zones grises, c’est-à-dire des actions qui ne franchissent pas le seuil de la guerre, le partenariat Japon-OTAN est essentiel au développement de standards communs en matière d’IA et au partage des savoir-faire technologiques. Un autre secteur essentiel à développer est le partage de renseignements sur les menaces cyber et hybrides, telles que des campagnes de désinformation. Une relation de confiance fondée sur des valeurs communes et un dialogue accru permettra une coopération accrue en matière de cybersécurité. 

Les technologies émergentes constituent un deuxième pilier du rapprochement ; un partenariat accru en matière de recherche et développement (R&D) pourrait conférer à l’OTAN un savoir-faire technologique unique, renforçant son avantage concurrentiel dans des domaines tels que l’IA, l’espace, les drones et les biotechnologies. Intégrer le Japon à l’incubateur de start-up de l’OTAN, DIANA, pourrait être la prochaine étape pour consolider un partenariat en plein essor et mutuellement bénéfique autour de l’IA à double usage et du domaine spatial. L’alignement “entre les priorités stratégiques de l’OTAN et les capacités technologiques japonaises” est l’occasion parfaite de faire du Japon le premier pays non-membre de l’OTAN à intégrer DIANA. 

Si la coopération militaire constitue le volet le plus visible du partenariat, celui-ci s’étend également aux dimensions plus normatives de la sécurité internationale. Depuis 2023, le Japon en a fait un pilier central de sa politique étrangère. S’appuyant sur la résolution 1325 du Conseil de sécurité des Nations Unies, son plan d’action national vise à intégrer systématiquement les perspectives de genre dans la résolution des conflits, la gestion des catastrophes naturelles et la réponse au changement climatique.

Or, dans un contexte où l’intégration des questions de genre suscite encore des résistances au sein de l’OTAN, le Japon dispose d’une expertise concrète et peu contestable à partager. Le Centre euro-atlantique de coordination des interventions en cas de catastrophe (EADRCC) offre un cadre idéal à cet effet. En échangeant sur les liens entre le genre, le climat et la sécurité lors d’opérations de réponse aux catastrophes, le Japon pourrait aider l’OTAN à mieux comprendre comment la prise en compte des enjeux de genre améliore l’efficacité des missions et la protection des populations locales.

Comme le souligne une analyse récente : « l’OTAN pourrait approfondir plus rapidement sa compréhension du lien entre climat, genre et sécurité en déterminant dans quels cas la prise en compte du climat aurait permis de mieux orienter ses opérations».

Les risques d’une surextension stratégique de l’OTAN
Bien qu’un tel partenariat semble bénéfique à l’OTAN, en grand besoin de compléter son portefeuille de défense, une question demeure. Y a-t-il des risques de surextension? Dans un contexte économique et stratégique complexe, la multiplication de partenariats en dehors de la région transatlantique constitue un véritable compromis en matière de ressources. Ces dernières années, la Chine a également établi, dans son discours officiel, un lien entre les partenariats de l’OTAN avec des pays de l’Indo-Pacifique et une probabilité accrue de conflit. Similaire à la rhétorique russe justifiant la guerre en Ukraine, l’extension des partenariats de l’OTAN est instrumentalisée à des fins révisionnistes. 

Une coopération nécessaire face à l’axe CRINK
La collaboration entre l’OTAN et le Japon n’en reste pas moins nécessaire, ce qui complique les calculs stratégiques des CRINK (Chine, Russie, Iran, Corée du Nord). En effet, un partenariat cohérent en temps de paix permet d’améliorer la crédibilité des deux acteurs en tant que dissuadants. En contribuant à accroître les coûts pour les agresseurs qui tentent de bouleverser le statu quo par la force, le Japon et l’OTAN développent une structure de coordination aux conséquences réelles si la Chine envahit Taïwan. 

Plus qu’un simple rapprochement bilatéral, la coopération entre le Japon et l’OTAN témoigne d’une profonde évolution de l’environnement stratégique contemporain. À mesure que les théâtres européens et indo-pacifiques deviennent interdépendants, la sécurité des démocraties ne peut plus être pensée à l’échelle d’une seule région.


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Photo: Wikimedia Commons (Public Domain).

Author

  • Sasha Prevost

    Sasha studied political science at McGill University, and went on to study International Security at Georgetown University. Her work focuses on gender, peace and security, transatlantic relations and European rearmement. 

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Sasha Prevost
Sasha studied political science at McGill University, and went on to study International Security at Georgetown University. Her work focuses on gender, peace and security, transatlantic relations and European rearmement.