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Expiration du traité New START : l’Indo-Pacifique entre-t-il dans une nouvelle ère nucléaire ?  

Le 5 février 2026 a marqué l’expiration du traité New START, le dernier accord majeur de contrôle des armements nucléaires entre les États-Unis et la Russie, deux superpuissances qui disposent des deux plus grands arsenaux nucléaires du monde. Mis en œuvre en 2011, le traité a plafonné la quantité d’ogives nucléaires stratégiques déployées par les deux superpuissances à 1 550, tout en instaurant des mécanismes d’inspection et de vérification afin de renforcer la confiance et la transparence mutuelle entre les deux pays. L’absence de ces mécanismes pourrait accroître la méfiance et risquer une mauvaise interprétation des intentions militaires entre les grandes puissances. 

L’expiration de ce traité signifie que, pour la première fois depuis le début des années 1970, il n’existe plus d’accords juridiquement contraignants imposant des limites aux arsenaux nucléaires stratégiques des États-Unis et de la Russie. Cette disparition accentue les inquiétudes des alliés américains quant à la restitution d’une concurrence nucléaire moins encadrée entre ces deux puissances nucléaires, dans le contexte de la dépendance de plusieurs États, notamment le Japon et la Corée du Sud, envers les garanties sécuritaires américaines. 

Ces deux pays, en tant que partenaires importants de l’OTAN dans l’Indo-Pacifique, voient s’accentuer les inquiétudes quant à la dissuasion, à la stabilité régionale et à la crédibilité du parapluie nucléaire américain. La confiance dans le parapluie nucléaire s’affaiblit et les préoccupations concernant la dissuasion et la stabilité augmentent mais qu’est-ce qui inquiète plus particulièrement les partenaires indo-pacifiques ? Les attaques nucléaires russes ou simplement que le manque de dissuasion nucléaire claire de la part américaine conduira à une Russie et une Chine plus hostiles, ou quelque chose d’autre ?

L’impact sur le parapluie nucléaire américain en Asie du Nord-Est
En 1945, les États-Unis se sont engagés à protéger la Corée du Sud et le Japon sous le « parapluie nucléaire ». Ce terme désigne une garantie de protection nucléaire accordée à un allié non nucléaire contre une attaque potentielle, selon laquelle Washington s’engage à défendre ses alliés en recourant à ses capacités nucléaires.

Cependant, l’élection de Donald Trump à la présidence américaine en 2024 marque un tournant dans les relations transatlantiques. Plus que tout autre président avant lui, Trump place les intérêts américains au cœur de sa politique étrangère et commerciale. Sur le front de l’OTAN, il a réitéré ses critiques de longue date, affirmant que les États-Unis « paient des dizaines de milliards de dollars en trop pour subventionner l’Europe » et exigeant que les pays membres portent leurs dépenses de défense à 2 % de leur PIB, un seuil qu’il souhaite voir grimper jusqu’à 5 %. En parallèle, il a imposé des tarifs douaniers à ses alliés européens, illustrant une approche où la pression économique et les exigences sécuritaires vont de pair.

Ces facteurs ont accentué les inquiétudes des Sud-Coréens quant à la crédibilité de la garantie sécuritaire américaine, comme en témoignent plusieurs sondages d’opinion publique montrant une hausse du soutien populaire à une capacité nucléaire autonome. Dans un contexte marqué par la poursuite des essais balistiques nord-coréens et la modernisation de l’arsenal nucléaire chinois, Tokyo et Séoul voient leur dépendance stratégique à l’égard de Washington devenir de plus en plus précaire. Ceci s’est renforcé lors de la visite d’État de Trump en Chine en mai 2026, où Pékin a refusé toute discussion sur son programme nucléaire, alimentant les interrogations des deux pays quant aux intentions stratégiques chinoises, notamment en ce qui concerne Taïwan. L’effritement de la crédibilité du parapluie nucléaire américain, combiné à des menaces régionales croissantes, fragilise l’ordre sécuritaire indo-pacifique dans son ensemble.

Menaces nucléaires chinoises et nord-coréennes face à la crédibilité américaine
Les conséquences de l’expiration de New START ne se limitent pas à l’Asie du Nord-Est et impactent également les autres régions indo-pacifiques, en particulier l’Asie du Sud, où l’équilibre nucléaire régional demeure fragile. En Asie du Sud, l’Inde et le Pakistan, qui possèdent leurs propres arsenaux nucléaires, font déjà face à une dissuasion nucléaire en raison de leurs rivalités historiques, des tensions persistantes au Cachemire et de l’absence de mécanismes solides de contrôle de ces arsenaux.

Le conflit armé en mai 2025 entre les deux pays a remis en question leur volonté d’employer des armes nucléaires. Le durcissement de leurs postures nucléaires pourrait être incité par l’érosion des normes mondiales. De plus, ces deux puissances nucléaires n’ont jamais signé le traité de non-prolifération (TNP), ce qui était fondamental pour le régime de contrôle des armements. Le TNP avait visé à empêcher la diffusion des armes nucléaires, à promouvoir le désarmement nucléaire entre les puissances nucléaires et à soutenir la coopération nucléaire. L’absence de ces deux puissances nucléaires du TNP et l’érosion des normes globales de contrôle des armements pourraient s’avérer déstabilisantes dans cette région où les relations de dissuasion sont déjà fragiles. 

L’érosion progressive des traités de contrôle des armements
Cette expiration de New Start constitue la continuation d’une érosion plus large des traités traditionnels de stabilité nucléaire depuis 2000. Les États-Unis se sont retirés en 2002 du traité ABM (Anti-Ballistic Missile Treaty) et, en 2019, du traité INF (Intermediate-Range Nuclear Forces Treaty), en accusant la Russie de violations, tandis que le traité Open Skies a pris fin en 2020. En particulier, le traité INF a interdit les missiles balistiques et de croisière à lanceur terrestre à portée intermédiaire, compris entre 500 et 5 500 km. La fin du traité signifie que les États-Unis peuvent, sans contrainte, élargir et réorienter leur arsenal nucléaire en Asie, notamment auprès de partenaires indo-pacifiques de l’OTAN. Cette tendance, prolongée par l’expiration de New Start et la fin des mesures de vérification mutuelle, accroît la méfiance et réduit la transparence entre les puissances nucléaires, ce qui pourrait accentuer les rivalités nucléaires et encourager une nouvelle course aux armements.

Implications pour le Canada, l’OTAN et la sécurité nord-américaine
Bien que les tensions nucléaires en cours se concentrent principalement en Asie, leurs implications touchent également le Canada en matière de sécurité continentale, de l’Arctique et de la crédibilité de la dissuasion de l’OTAN. Cette dégradation réduit les contraintes institutionnelles, et la Chine et la Russie pourraient être davantage incitées à déployer des missiles en situation de conflit, capables de traverser l’Arctique afin d’atteindre le plus rapidement possible l’Amérique du Nord. Cette réalité met en accent l’importance du Commandement de la défense aérospatiale de l’Amérique du Nord (NORAD), ce qui a mis en place d’immenses réseaux de détection, d’interception des missiles et de systèmes d’alerte rapide à travers le continent. Dans le contexte des tensions persistantes à Taïwan et en Ukraine, et de cet ordre nucléaire, le rôle du Canada dans le renforcement de la défense continentale et la modernisation des systèmes d’alerte du NORAD reste urgent. 

L’Incertitude quant à la fiabilité américaine de s’engager et d’agir face aux conflits et aux menaces dans l’Indo-Pacifique, en Europe et en Amérique du Nord rend incertains le rôle canadien et celui de l’OTAN. Cette incertitude est évidente dans les critiques constantes de Donald Trump à l’égard des membres et des alliés de l’OTAN, qui les accusent de ne pas contribuer suffisamment aux dépenses de défense et de demeurer trop dépendants des garanties sécuritaires américaines. Son approche plus transactionnelle des alliances ravive les préoccupations quant à la volonté américaine de préserver ses engagements en matière de sécurité envers ses partenaires traditionnels. Cette incertitude est évidente en Asie de l’Est où en Corée du Sud, plusieurs sondages reflètent une augmentation du soutien public pour une capacité nucléaire nationale, provoquée par les préoccupations de la crédibilité diminuée du parapluie nucléaire de Washington.

Dans ce contexte, plusieurs alliés visent à renforcer leur coopération militaire conventionnelle et à accroître leur présence navale européenne dans la région, sans développer davantage leurs arsenaux nucléaires. En diversifiant leurs partenariats de sécurité et en renforçant leurs liens entre eux, tous ces alliés pourraient développer une forme avancée de dissuasion conventionnelle. 

L’expiration du traité New START dépasse largement la simple disparition d’un accord entre les États-Unis et la Russie. Elle représente l’affaiblissement progressif des mécanismes traditionnels de contrôle des armements, hérités de la guerre froide, dans un contexte de rivalités stratégiques accrues entre ces deux puissances nucléaires. Dans le contexte des conflits accrus et des rivalités stratégiques dans l’Indo-Pacifique et dans d’autres régions, la capacité des grandes puissances et de leurs alliés à maintenir la coopération, la communication stratégique et la transparence demeure essentielle, afin d’éviter une nouvelle course aux armements face à la fragilité de l’ordre nucléaire actuel.


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Photo: Wikimedia Commons (Public Domain).

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  • Phillip Pham
    Phillip Pham is an undergraduate student at McGill University in International Development. Coming from a background of refugee parents from Vietnam and dual Canadian-U.S. citizenship, he is passionate about international relations, diplomacy, migration, and human rights.
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Phillip Pham
Phillip Pham is an undergraduate student at McGill University in International Development. Coming from a background of refugee parents from Vietnam and dual Canadian-U.S. citizenship, he is passionate about international relations, diplomacy, migration, and human rights.