La crise vénézuélienne a un visage féminin

Le Venezuela, autrefois l’un des pays les plus riches d’Amérique latine en raison de ses abondantes réserves de pétrole, se trouve maintenant confronté à une grave crise humanitaire provoquée par les troubles politiques et économiques.

 

Datant du début de la présidence de Hugo Chavez en 1999, le Venezuela s’est largement appuyé sur son industrie pétrolière (qui représente 95% de ses revenus) pour soutenir l’économie nationale, sans sécuriser d’autres sources de revenus. En 2004, l’industrie pétrolière était en plein essor et Chavez a utilisé ces revenus pour financer des programmes sociaux gouvernementaux  par le biais de subventions alimentaires. Il a aussi attribué une large part aux secteurs de la santé et de l’éducation. Cependant, ces dépenses excessives ont conduit à un déficit économique notable. En 2014, alors que Nicolas Maduro succède à Chavez (après sa mort en 2013) en tant que président, les prix mondiaux du pétrole chutent et l’économie vénézuélienne en souffre. Les réserves de la Banque Centrale diminue alors que la dette extérieure augmente ; conduisant à une inflation majeure qu’on estime dépasser 1,000,000% cette année-là.

 

Depuis, le Venezuela fait face à un déficit financier à cause de cette dette exorbitante, ce qui a conduit à une pénurie de matières primaires et secondaires, accentuant les tensions politiques et sociales.

 

A noter qu’en 2017, la Cour suprême pro-Maduro a tenté de révoquer l’Assemblée Nationale (contrôlée majoritairement par l’opposition), afin d’être la seule à pouvoir rédiger les lois. Bien que cette motion ait été renversée, elle a toutefois suscité des protestations massives et une insatisfaction grandissante parmi la population.

 

La rareté des biens, l’insécurité généralisée et les allégations de corruption parmi les hauts fonctionnaires et les militaires (associées aux violations des droits humains et à la répression des manifestations antigouvernementales et des opposants politiques), ont mené à la situation explosive actuelle.

 

L’état d’instabilité au Venezuela est le résultat de la mauvaise gestion économique et politique, provoquant la fragmentation du pays et des affrontements au niveau national, avec des répercussions à l’échelle internationale. La communauté internationale, et plus particulièrement les pays du mercosur, les États-Unis et l’Union Européenne, a condamné le gouvernement Maduro pour la crise humanitaire qu’il a engendrée. L’Union Européenne et les États-Unis ont même imposé des sanctions à plusieurs hauts fonctionnaires, dont Maduro lui-même. Ces sanctions interdisent aux institutions financières américaines de fournir de nouveaux fonds au gouvernement ou à la compagnie pétrolière publique PDVSA ; rendant plus difficile à Maduro d’amasser les fonds dont il a désespérément besoin.

 

Tandis que l’économie continue de chuter et que divers problèmes s’accumulent, le pays se retrouve dans un état d’insécurité critique. Ces graves répercussions obligent le peuple vénézuélien à se débrouiller seul pour acquérir des fournitures de base (soins médicaux, sanitaires, alimentaires, etc.) afin de satisfaire un niveau de vie standard.

 

Les femmes sont particulièrement atteintes, devant s’adapter constamment à un climat politique instable et ne pouvant avoir accès aux ressources de bases. Elles ont été contraintes de rechercher d’autres moyens de subsistance. En effet, la pénurie alimentaire, ne leur permettant plus de nourrir leurs bébés alors qu’elles-mêmes sont affamées, et la hausse des prix sont telles que même le lait artificiel devient inaccessible, les obligeant à se tourner les unes vers les autres afin d’obtenir des dons de lait maternel.

 

De plus, être enceinte a généré un sentiment général de désapprobation par ce que cela implique. En effet, dans un pays au bord de l’effondrement économique et privé de fournitures de base, mettre au monde un enfant est devenu une source d’inquiétude pour beaucoup de personnes qui craignent de ne pas réussir à l’élever dans un environnement aussi précaire.

 

C’est pourquoi, même si l’avortement est punissable de 6 mois à 2 ans d’emprisonnement, les femmes sont prêtes à avorter illégalement dans des locaux douteux, afin d’éviter le défi d’élever un enfant dans un environnement aussi chaotique, politiquement qu’économiquement, et afin de ne pas avoir à nourrir une personne de plus.

 

Sachant que même les stocks de contraceptifs ont diminué de 90%, de nombreuses femmes ont même eu recours à la stérilisation en solution permanente. Cela a également eu d’autres conséquences sur la santé, notamment une augmentation du nombre de maladies sexuellement transmissibles, telles que le VIH, et en plus, du manque de ressources médicales essentielles pour les traiter.

 

Au-delà des problèmes de santé, pour les mêmes raisons d’instabilité et de pauvreté, depuis 2015, plus de deux million de personnes ont fui dans les pays voisins (principalement en Colombie). Ce flux de population non contrôlé favorise le trafic humain et surtout l’exploitation sexuelle des femmes, d’autant plus que de nombreux rapports révèlent que de plus en plus de femmes se tournent vers la prostitution comme source de revenu désespérée.

 

Les actes désespérés de ces femmes, disposées à aller aussi loin pour survivre, sont révélateurs de la mesure dans laquelle le peuple vénézuélien a été soumis aux abus et à la négligence de leur gouvernement. Les conditions, auxquelles la population est confrontée, s’apparentent à celles d’un État défaillant, endémique d’une pauvreté abjecte, de corruption et de chaos.

 

Alors que l’avenir de la situation au Venezuela est incertain, l’aide humanitaire est absolument nécessaire pour atteindre ses habitants. C’est dans ce contexte que les pays voisins et la communauté internationale dans son ensemble peuvent jouer un rôle crucial en fournissant un abri, une protection et alors un soulagement général à cette population, face à un régime autocratique qui refuse de céder le pouvoir.

 

Featured imagine: by Ariana Cubillos – 8/03/2017 – AP Photo – Open Source – https://bit.ly/2DkKQ4s.

 


Disclaimer: Any views or opinions expressed in articles are solely those of the
authors and do not necessarily represent the views of the NATO Association of
Canada.

About Julia Schaumer

Julia is the Program Editor for Women in Security at the NATO Association of Canada. She completed the first year of her graduate degree at the University of Lyon III Jean Moulin in International and European Law and is about to finish the second year of her degree at the University of Bordeaux in a Trilingual Global Security Analyst program. She holds an iBA in International Studies with a minor in Hispanic Studies at Glendon College, York University, and she is completely trilingual in English, French and Spanish. She also went on exchange for a year to Liege, Belgium, for Political Science. After her undergraduate degree, Julia taught English in South Korea for a year and a half and has traveled extensively. Her main area of focus is in combating transnational organized crime, with a particular interest in counter-trafficking. She hopes to one day work for organizations such as the United Nations Office on Drugs and Crime or Frontex.